Critique : Il était une fois Koudelka.

This is not survival-horror. This is not role playing game. It’s both. Sans déconner, c’est classe ou pas ?

Koudelka

Au tout début de l’histoire que l’on va vous raconter, il y avait un homme. Un japonais. Il aimait la musique et les jeux vidéo. Un jour, il a croqué dans un biscuit et s’est dit « Et si je faisais des musiques de jeux vidéo ? ». Alors, il commença à travailler dans l’milieu après avoir achevé avec un énorme succès des études de philosophie à Osaka (beau gosse, n’empêche). Musicien autodidacte, on lui confie le soin d’effectuer la musique de dessins animés comme La Légende de la neige blanche ou encore Les Aventures de Robins des Bois. Remarqué par Square, maintenant devenu Square Enix, il produit la musique de… tatatin : Secret of Mana et Seiken Densetsu 3. Ouais, c’est la grande classe. Content de son succès, il fonde en 1996, la société Sacnoth qu’il préside jusqu’en 1999. Cette boite créé notamment le meilleur jeu de tout le temps, rien que ça, du nom de « Koudelka » en hommage au photographe français. Cet homme valeureux, courageux, vaillant et remarquable s’appelait Hiroki Kikuta. Et aujourd’hui, petits herbivores des hautes-plaines, je vais vous raconter la légende de Koudelka. Un jeu vidéo sorti sur PSOne scénarisé et réalisé par Mr. Kikuta qui a, bien sûr, signé la musique du soft. Et croyez-moi, c’est la plus belle des histoires. Plus belle encore que celle de l’obèse qui arrive à rattraper sa glace vanille-pistache qui vient de tomber.

Koudelka est donc un survival-horror rpg qui prend sa place dans l’univers du manga du même nom dessiné par Yūji Iwahara. Moi non plus je n’arrive pas à le prononcer. Rassurez-vous, si vous n’avez jamais lu le manga, vous n’aurez aucune difficulté pour comprendre le jeu. Il s’agit simplement d’une inspiration très libre. Il est à noter que Koudelka est en réalité la pré quelle « dissimulée » de la série Shadow Heart. L’histoire de Koudelka se déroule à la fin du 19ème siècle. Il se trouve, comme par hasard, que c’est aussi le nom de l’héroïne du jeu. La belle est une vagabonde solitaire, ancienne gitane qui en salement bavé dans sa vie. Dotée de pouvoirs psychiques développés, elle parvient en mode Jeanne d’Arc à entendre une voix dans sa tête. Une voix de femme qui lui demande son aide. Cette voix énigmatique la conduit jusqu’au monastère Nemeton. Koudelka laisse son cheval devant l’entrée et arrive après une belle escalade à s’introduire à l’intérieur du bâtiment. Pas de repos pour les braves, elle se fait directement agresser par un gros monstre pas beau et bien vilain. Heureusement, la dernière victime du monstre encore vivante, un petit blondinet dont le sang commence dangereusement à manquer, lui envoie son revolver. Koudelka le saisit et terrasse son adversaire dans un combat qui nous sert de tutoriel. Suite à cet affrontement, elle décidera d’aider son « sauveur » du nom d’Edward (qui s’avère être un voleur en quête d’un trésor d’une valeur incommensurable) en commençant par le soigner et en l’autorisant à la suivre pour demeurer en sécurité. D’après les dires du blondinet, le monastère regorge de monstres similaires. A deux, ces rigolos trouvent les gardiens de l’édifice. Un couple de vieux qui tentent même de les empoisonner subtilement avec de la soupe à la tomate. Heureusement, Koudelka sent le poison et refuse le repas tandis qu’Edward s’est déjà tout engouffré. Suite à cela, Edward se sent très mal et Koudelka doit l’aider à trouver rapidement un antidote. Dans ce nouveau but, il rencontre ensuite James O’Flaherty. Un prêtre du Vatican venu récupérer un livre qu’on aurait dérobé à l’Eglise et caché ici. Les trois personnages vont donc faire équipe ensemble dans l’espoir, surtout de s’enfuir, mais accessoirement de piger tout ce qu’il se passe ici en particulier la présence de ces foutus monstres.

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Le gameplay repose sur des bases assez simples. Il s’agit d’un tour par tour régulé par un système d’échiquier. Vous devez vous déplacez de case en case pour atteindre l’ennemi et lui piner sa race. Comme le scénario le suggère assez explicitement, vous êtes en charge de trois personnages qui sont Edward, Koudelka et James. Chacun aura droit à sa spécialité. Koudelka va gérer dans la magie offensive, Edward sera plutôt le tank du groupe tandis que James restera souvent à distance pour soigner toute la clique. Ceci est la configuration générale conseillée la majorité des joueurs et le jeu lui-même, ceci dit, rien ne vous empêche d’utiliser vos personnages comme bon vous semble. Au fil des combats, vous dénicherez diverses armes et équipements qui disposerons d’effets spéciaux comme l’imprégnation d’un élément qui, selon tel ou tel type d’ennemi, sera destructeur ou au contraire inefficace. De même pour la magie : si vous affrontez une plante géante, allez pas lui lancer un geyser dans la tronche mais préférez un sort de flamme. Inutile de préciser que chaque combat vous rapporte de l’xp qui vous fera grimper de niveau afin d’augmenter vos capacités. Alors, seulement voilà, vous allez dire « pourquoi parler d’un survival horror » dans ce cas ? Parce que les armes se feront rares. Les munitions également. Vos épées, marteaux, planches, haches et j’en passe peuvent se briser. Vos pistolets, carabines, arbalètes etc peuvent également être à court de flèches/balles. Sans parler des potions, des herbes, des antidotes et vivres qui ne se trouvent pas à chaque coin de rue. Histoire de rajouter un côté « angoisse et désorientation » au jeu, le gameplay a volontairement été flouté par les développeurs. Par exemple, il est impossible de savoir si votre arme sera efficace ou non contre tel ou tel type d’ennemi. Vous n’aurez jamais l’œil sur une quelconque barre d’xp. Certaines armes sont cachées dans le décor entre les combats aléatoires. Les boss possèdent une force parfois démesurée par rapport à votre avancée. Même le système de sauvegarde n’est pas expliqué. Ce choix de rendre l’aventure aussi difficile est totalement assumée. Il va falloir donc être très prudent. Sauver sa partie aussi souvent que possible, économiser ses balles et ses armes puissantes, augmenter minutieusement, et en compagnie d’un bon équilibre, ses capacités. Il est à noter une chose très amusante. Enfin, ça dépend pour qui. Les développeurs ont eu le courage de proposer deux fins différentes mais leur obtention est très spéciale. Tellement spéciale que ce serait gâcher tout l’effet de divulguer le bazar maintenant. Néanmoins, pour ceux qui lisent ceci sans avoir l’intention tangible de jouer à Koudelka, je vous livre le petit secret : le boss de fin est très dur. Diablement dur, même. Déjà qu’il a deux formes… Pour le vaincre, il va falloir vous entrainer énormément sachant qu’il faudra le faire avant d’enclencher la partie finale (sadique, n’est-il pas ?) sinon vous n’aurez plus aucun monstre à votre disposition pour xp. Il est quasiment impossible de battre la deuxième partie du boss final tant l’acharnement demandé pour en venir à bout est épuisant. Malgré cela, si vous arrivez à vous hisser à un niveau convenable et lui fumer sa gueule, vous obtiendrez… la mauvaise fin. Ouais. Vous battez le boss, vous avez la mauvaise fin. Vous perdrez, vous avez la bonne fin. Mais la cerise, c’est que cette dernière est très triste même si elle vous offre un espoir pour les opus suivants. Donc, vous allez penser qu’il s’agit de la mauvaise fin, logique puisque vous avez perdu, alors vous allez recharger votre game, xp et revenir pour obtenir une fin encore plus triste et traumatisante. Moi, dans ces cas-là, j’applaudis le génie du studio. Et sans aucune ironie.

Koudelka

Faut-il parler des graphismes et de la bande-son ? Oui, évidemment. Parlons-en. Débutons sur une note amère pour rebondir sur un concerto solaire. Les graphismes ne cassent pas des briques. Même pour un jeu sorti sur PSOne. Les décors et les personnages sont très pixellisés et les combats restent tout de même très sombres. C’est génial pour l’ambiance mais ça nuit énormément à la visibilité du joueur. Mais après tout, jouer à un jeu pour ses graphismes, c’est comme regarder un porno pour ses dialogues. Fort heureusement pour rattraper le coup, les cinématiques sont d’une beauté dantesque. C’est d’ailleurs pour cela que Koudelka est compressée sur quatre CD’s. Un mal pour un bien dirons-nous. Surtout pour ceux qui ont déjà l’idée de l’émuler, ça risque d’être compliqué selon votre logiciel. Mettons de côté les graphismes un peu bancales pour s’intéresser à la bande-son du jeu. On connaît déjà le talent de Hiroki Kikuta depuis l’arrivée de Secret Of Mana mais a-t-il renouvelé un coup de maitre ? C’est oui comme dirait Julien Lepers. Les musiques s’intègrent parfaitement à l’ambiance froide et glauque de l’histoire. Sentir les mélodies des combats défiler dans nos oreilles en pleine nuit avec un casque sur la tête, honnêtement, ça fout les jetons modèle géant. Ces musiques ne sont peut-être pas dignes des plus grandes bandes originales de jeux vidéo mais elles ont le mérite de se marier remarquablement bien avec le décor général. Si l’on fait un tour vers le coin des doublages et bruitages, il n’y a rien à signaler. Les voix sont correctement enregistrés sans exagération ni excentricité genre Dynasty Warriors 3. La VF n’est donc pas un choix à refuser. Les bruitages, très simples, correspondent eux aussi au côté glauque et sombre du jeu : les petites gouttes d’eau qui fuient, le rire sardonique d’un enfant invisible, le frottement d’un fantôme contre les murs et j’en passe.

Aurais-je par mégarde laissé entendre que le scénario était aussi un point fort du soft ? Oui, car il l’est. Je préviens toutefois les âmes sensibles, ce n’est pas facilement regardable. Les propos de l’histoire sont parfois très macabres et malsains. Vous serez, par exemple, rapidement confronté au fantôme d’une petite fille très narquoise. Il s’agit en fait d’un ex-bébé (oui, comme tout le monde) déposé sur le pas de la porte du monastère il y a très longtemps. La mère n’avait pas assez d’argent pour s’en occuper. Le bébé est alors placé dans la prison du monastère. Elle grandit dans une cellule et se fait trancher la tête le jour de l’anniversaire de ses 8 ans. Elle meurt en croyant que sa mère l’avait abandonné alors que cette dernière envoyait des lettres et de l’argent chaque mois. Le monastère brûlait, en réalité, les lettres et gardait l’argent pour son compte. C’est pas super glauque comme backround ça ? Oui, ça ne vous fait peut-être pas peur dit-comme ça mais quand vous lisez le journal des gardiens qui relatent cette histoire, c’est pas jojo. Vous voilà donc prévenu. Le scénario est donc vachement super hyper mega ultra trash. Est-il néanmoins de bonne qualité ? Oui. Les personnages ont tous une importance très précise et leur rôle à jouer dans l’histoire. Chacun possède sa richesse à sa façon comme Edward le va nu pied qui vous citera Lord Byron entre deux combats ou James qui possèdent bien plus de secrets qu’on pourrait le penser sous sa mission innocente mandatée par le Vatican. Koudelka restera la plus mystérieuse jusqu’à avoir suffisamment confiance en ses amis pour se confier. En plus du rôle des trois zigotos, on se heurtera également à l’histoire du monastère, sa fondation et l’origine de l’apparition des monstres orchestré par le dernier propriétaire auquel le couple de gardiens semble être très lié. Le tout s’emboitera de manière très concise en nous proposant un scénario finalement très sombre et mature. Le tout saupoudré d’une dose de mystère auxquels de nombreux flashbacks morbides viendront répondre. Chaque élément de l’histoire est lié avec un autre et rien n’est laissé au hasard. Le scénario ainsi que l’ambiance du jeu est sans nul doute son plus gros point fort.

Koudelka

En définitive, Koudelka est un excellent jeu dont l’obscurité du gameplay pourra en rebuter certains, c’est vrai. Contre les graphismes très moyens, la bande-son et le scénario lèvent leurs armes pour nous proposer un résultat extraordinaire. Soyez sur vos gardes contre la difficulté des combats et laissez-vous tenter par cette histoire effroyable mais passionnante. Souvenez-vous de ce que disait Baudelaire, un soir de pleine lune après avoir mangé du cochon grillé et bu du coca cherry : « Il n’existe aucun meilleur jeu que la raison elle-même qui défie chaque liberté sauvage qu’offre la vie dans son ensemble… enfin bref, jouez à Koudelka quoi ». Et c’est pas moi qui le dit, c’est Baudelaire.

[CRITIQUE] Il était une fois Koudelka
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