Dragon Quest, célèbre saga s’il en est de l’univers vidéoludique. Et bien, admettons qu’on ressorte l’épisode 8 sur iOS. Juste, admettons. Rajoutons un troisième élément : 18 euros. Dragon Quest 8. Sur iOS. Pour 18 euros. Qu’est-ce vous en pensez ? Rien, sans doute. C’est pour ça que vous lisez ceci, sûrement. Pour vous donner une idée. Parce que le pari est très risqué et DQ8 est une œuvre qu’il ne faut vraiment pas prendre à la légère, ça, tout le monde le sait. Ce qu’on sait moins, en revanche, c’est qu’il est incroyablement long. Plus d’une centaine d’heures de jeu. On va maintenant tenter de mettre en relation deux notions pourtant évidentes. Un jeu console transposé sur iOS devra aborder de nouveaux contrôles, c’est logique. Un jeu qui dure aussi longtemps avec des contrôles à la ramasse, c’est assez déstabilisant quand on s’est fixé le but d’en voir le bout. On va donc s’attaquer au jeu en lui-même, celui dont le texte reste valable pour sa version d’origine et ensuite de son décor made in AppStore. Let’s go.

Pour commencer, il faut savoir que Dragon Quest 8 était le premier de la série à débarquer en France. Ce n’était que les joueurs titillant l’import ou simplement les plus curieux qui étaient au courant de son existence. Il faut avouer que ce premier départ fut largement encourageant. Le soft a récolté des avis positifs quasiment partout (quasiment car il y a toujours deux-trois gens pour ne pas apprécier, c’est tout à leur honneur). Et à juste titre d’ailleurs, ne serait-ce que pour le travail fourni à l’élaboration d’un tel monstre. Akira Toriyama s’est collé au chara-design des personnages, l’orchestre symphonique de Tokyo a enregistré la bande originale sous les directives de Koichi Sugiyama, Akihiro Hino s’est chargé de la réalisation et j’en passe. Tout ce beau monde réuni laissait présager un bon gros jeu. Pas forcément un blockbuster avec des publicités jusque dans les escaliers de ton immeuble mais tout de même : un soft vaste aussi consistant que conséquent. Le truc que vous allez pouvoir arborer fièrement au-dessus de votre étagère en mettant un petit post-it ” Je l’ai terminé bitch please “. Il faut avouer qu’en apparence, tout paraissait bien alléchant surtout dès que tel ou tel magazine (on était en 2004, s’il vous plait) citait ces délicieux noms propres. Puis, est arrivé la bête. Une belle jaquette, une magnifique vidéo d’intro accompagnée d’une somptueuse musique et tout le tremblement. Du coup, on n’attendait qu’une chose : lancer une nouvelle partie.

Dragon Quest 8 reprend les bases des classiques du J-RPG. Il va vous falloir passer certaines périodes à xp sans relâches, certaines boss seront totalement abusés de par leur nombre de PV ou simplement la présence d’un double forme et au moins un de vos personnages ne servira à rien pendant un long moment. La formule est donc ainsi faite sans oublier l’utilisation de la magie au détriment des PM, de l’alchimie, du voyage rapide, du cycle jour/nuit et tout le merdier. Mais le but ici est d’approfondir les éléments importants de ce 8ème opus (en omettant certains détails pour vous laisser tout de même le plaisir de découverte) alors allons-y. C’est parti.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’un J-RPG, c’est souvent l’objet d’une quête, d’un accomplissement, que c’est la grande aventure et la bamboula à chaque coins de rues. Le scénario de Dragon Quest 8 n’est pas réellement son point fort sans pour autant se montrer décevant. On assiste à l’énorme périple de votre avatar en compagnie de son fidèle comparse Yangus et du roi Trode à qui vous avez prêté allégeance. Tout le royaume de ce dernier s’est retrouvé emprisonné sous l’emprise d’un terrible maléfice. Le sceptre royal qui est en réalité un puissant artefact parsemé de magie noire a été dérobé par le bouffon (le métier hein, pas le premier clampin qui soit passé) du palais. Hanté par de nombreuses moqueries et humiliations dus à sa condition et son enfance difficile, Dhoulmagus, car c’est son doux patronyme décida de se venger en lançant une malédiction sur ses tortionnaires présumés. C’est pour ça que y’a l’histoire du bâton magique à la con dérobé, du château dévasté et des serviteurs transformés en statues végétales. Sauf vous. Vous êtes le seul margoulin qui se soit débrouillé pour ne pas être affecté. Pourquoi et comment ? Vous ne le savez pas encore (rassurez-vous, vous trouverez une réponse à cette épineuse question dans le passionnant prologue qui clôture réellement l’aventure). Mais peu importe, votre roi et la princesse se sont fait transformés en bestioles ! L’un en crapaud et l’autre en pouliche. C’est con, quand même quand on y pense. Alors, ni une ni deux, il va falloir aller chasser le Dhoulmagus dans la joie et la bonne humeur. Un scénario au commencement assez basique mais qui se révélera beaucoup plus concis dans sa prolongation. L’histoire et ses embronchements ne parviendront pas forcément à vous scotcher au sol comme un homophobe dans une boîte gay mais les nombreuses révélations et les sous-intrigues s’avèreront diablement bien narrées et toujours avec un certain onirisme délicat mais tout à fait délicieux. C’est donc réellement un pur bonheur d’admirer les diverses cinématiques et les quelques twists scénaristiques tant ils sont contés avec maîtrise.

Dragon Quest iOS
“Arrêtez de rigoler, j’veux bouffer du fromage moi !” – Munchie

Heureusement pour les néophytes, Dragon Quest ne prend aucun risque avec le système de combat préférant pouvoir offrir à n’importe qui la chance de progresser sans se hasarder chaque seconde sur la jouabilité. C’est, encore une fois, du tour par tour très simple. On choisit son action, on cible notre adversaire et on enclenche la bagarre. Au fil de l’aventure, nos personnages acquerront forcément des points d’expérience vis à vis, aussi, de le maniement de leurs armes. Libre à vous de les distribuer dans la discipline qui vous semble la plus adéquate. Le héros peut, par exemple, se castagner à coup d’épée mais aussi en usant de son boomerang. L’épée sera plus puissante mais son projectile chéri pourra frapper plusieurs ennemis à la fois. Le jeu ne vous impose rien, fort heureusement, ce sera à vous de choisir dans quel formation se spécialiser. Chacun des personnages possèdent, lui aussi, son affinité. Yangus, le bourrin sera plutôt utile à attaquer et encaisser les dégâts. Jessica sera la nunuche aux gros seins mais aussi aux gros points de magie (c’est elle qui détient l’attaque la plus puissante du jeu). Angelo et sa gueule d’apôtre serviront plutôt à soigner l’équipe et upgrader cette dernière temporairement à l’aide de divers sorts. Et le héros, quant à lui, est le gars polyvalent qui peut faire un peu de tout ceci. Chacun son truc sans que personne ne vienne l’emmerder, donc. Ajoutons à cela les nombreux objets, médicinales, certes mais aussi les différentes armures et armes à débloquer moyennant finance la plupart des cas. Entre temps, il vous faudra courir jusqu’à la première église disponible pour aller sauvegarder (obligatoirement) ou demander dans combien de temps on passera au prochain level.

En dehors de tout ceci, on assiste tout de même à de magnifiques paysages. Les décors sont tous aussi variés les uns que les autres. Les montagnes enneigées, les sombres forêts, les longues plages désertes, les petits villages rustiques et pittoresques sans oublier les grandes cités et les immenses châteaux. Le coucher de soleil est sûrement un des effets artistiques les plus réussis. Savoureux mélange des couleurs chaudes pour un résultat exquis. La possibilité, évidente certes, de se promener sur cette énorme carte sans aucune autre conviction que de contempler les graphismes serait une raison suffisante pour se procurer le jeu. Et cela même quand des monstres viennent nous agresser pour nous couper la zigounette quand on était à deux doigts d’arriver au sommet d’une colossale colline. Sans omettre la divine OST qui nous accompagnera tout le long de notre périlleuse odyssée. Sugiyama et l’orchestre symphonique de Tokyo est loin de s’être foutu de nos tronches, c’est certain. La cinématique d’introduction nous laissait prévoir une bande originale excellente mais elle s’avère encore plus belle quand on progresse dans l’aventure. En témoigne la douce mélodie ” Poet’s World ” sublimement interprété à la harpe, entre autres mais aussi les musiques de nuit ou encore celles orchestrés durant l’affrontement de certains boss dont les noms seront tenus sous silence. Au niveau artistique, Dragon Quest 8 tape assez fort, c’est rien de le dire. L’ensemble peut sembler peut-être niais pour certains mais le soft reste une aventure. Une vraie aventure avec son lot de personnages attachants, de rencontres fabuleuses et de paysages somptueux. Une aventure dont on se souvient et à laquelle on est heureux d’avoir participé.

Dragon Quest iOS
Fanart des héros de Dragon Quest VIII

Le souci majeur que peuvent se poser certaines personnes devant la fiche AppStore du jeu, c’est, déjà son prix peut-être mais surtout la transposition d’un jeu PS2 sur un téléphone mobile. Et ils auront bien raison. Il serait débile de passer à côté sous prétexte que la maniabilité n’est pas parfaite mais à contrario il serait absurde de se jeter tête baissée si le résultat se montre injouable. Dragon Quest 8 a le cul entre deux chaises. Cette nouvelle version opportune n’est pas forcément un exemple à suivre en terme de jouabilité tactile mais reste tout de même à la limite du correcte. Ce qui pourrait suffire. Mais ce serait oublier le prix de l’application qui monte jusqu’à 17,99 €. DQ8 vaut largement ce prix-là, ce n’est pas la question mais nous sommes tout de même en train de parler d’un objet numérique, déjà, et rentabilisé depuis bien longtemps. De plus, qui souffre de nombreux problèmes de maniabilité surmontables mais plutôt encombrants. Il est à noter que le doublage anglais a été supprimé pour rendre l’application moins volumineuse (coupant ainsi une part de l’immersion). Les gens circonspecte devant leurs iBidules sont entièrement compréhensibles. 18 euros pour un jeu, certes, mais sans boîte, sans notice, sans disque etc. Dur rendu pour les gamers, comme moi, préférant pouvoir ranger son dernier joujou sur son étagère et frimer devant sa belle collection. Si cela ne vous dérange pas et que vous pensez pouvoir affronter les soucis inhérents à cette monture iOS (et que, du coup, vous avez un peu de fric à jeter par les fenêtres), vous pouvez toujours vous y essayer, ce serait dommage d’y faire abstraction. En revanche, il serait de bon aloi de spécifier qu’au devant de ces nouveaux menus assez bancales et de cette jouabilité incertaine, le plaisir de jeu et donc la capacité d’apprécier pleinement ce chef d’œuvre de la PS2 seront sûrement amoindris. Surtout quand le jeu ne supporte pas le mode paysage et vous oblige à garder votre iMachin en mode portrait. Assez déconcertant quand on est peinard allongé dans son plumard. Si je peux me permettre d’en placer une, j’ai déjà vu des exemplaires sur PlayStation 2 de DQ8 moins chères et en très bon état. Si jamais vous avez la force de rebrancher votre console (ou que ce soit déjà fait), oubliez la version iOS et foncez vous procurer celle sur PS2. Vous pourrez être sûr d’y passer un bon moment.

Je m’excuse à l’avance d’avoir pris en compte dans cette critique le prix du jeu qui n’est pas un critère acceptable mais dans le cas extrêmement rare dans lequel baigne Dragon Quest 8, je me suis permis de faire une entorse à l’étique.

Dragon Quest iOS
Angelo et sa gueule d’ange. #OhWait

En définitive, Dragon Quest 8 est un sacré bon jeu. Un monstre du J-RPG ” moderne ” si l’on peut dire les choses ainsi. Le genre de jeu qu’il faut avoir fait dans sa vie pour clamser avec le sourire. Mais, malheureusement, cette version iOS ne lui rend clairement pas hommage. Il serait plutôt préférable d’attendre les prochaines mises à jour et, pourquoi pas, une baisse de prix plutôt que d’y foncer dès maintenant. Si l’envie d’y toucher demeure intolérable pour vous, je ne peux que vous conseiller d’investir dans la version PS2 qui est, vous vous en doutez, beaucoup plus abordable.

3 commentaires

  1. De loin mon RPG favoris mais tellement torché dans tous les sens sur ma bonne vieille PS2 !
    18 euros l’addition ça fait lourd surtout pour jouer sur des écrans entre 3 et 6 pouces alors que comme tu le dis la version PS2 se trouves pour un bouchée de pain (et je parles même pas des émulateurs! )

    Merci pour le test.

      • Yep, je pense aussi que ça doit être largement plus agréable sur iPad. Je ne sais pas vraiment, j’en ai jamais eu dans la main parce que je ne parviens pas à y trouver une certaine utilité. Néanmoins, j’imagine qu’avec une manette iOS, ça doit être amplement mieux. Le soucis reste l’obligation du mode portrait assez chiant, en effet.

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